#21 c'est la fin
Vive les mois de juin à 35°, spéciale dédicace à l'Educ nat qui reste dans le déni du changement climatique.
En ce moment c’est les oraux de français, donc on passe la journée (seule) dans une salle fraiche le matin chaud l’aprèm ou chaude tout le temps (seule) pour écouter vaillamment (seule) 11 élèves de stressés à pas très emballés (seule). On croise les collègues le midi, mais pas longtemps parce qu’on essaye de commencer la série de l’après-midi tôt (en faisant signer les élèves parce qu’après les parents font des recours parce que chérichou est convoqué à 14h, avec arrivée 45 min en avance demandée, MAIS le prof l’a fait préparer à 13h30 c’est inamissible cpascakiéécrit sur la convoc).
Juin à 35°, ça devient récurrent, donc mettre 6 élèves le matin et 5 l’aprèm, ce n’est évidemment pas une bonne idée. Levons-nous aux aurores pour en faire passer un max avant de cuir à chaleur tournante dans des bâtiments pas isolés (autre souci mais bref).
Pardon, je suis un peu fâchée et je m’égare.
En tout cas, comme dirait Juliette Armanet, “c’est la fin” et dans une semaine, c’est les vacances.
Moi c’est Juliver. Quand je ne suis pas au lycée, je passe mon temps dans le RER C pour aller voir des spectacles. J’espère que t’aimes le théâtre, parce que je ne vais parler que de ça !
Côté cour
Cette lettre sort un peu plus tard parce qu’il fait chaud parce que ce matin, à 10h, j’étais à Cheptainville pour une rando-spectacle dont je voulais vous parler.
Mais d’abord, jeudi, en sortant de ma première journée d’oraux, j’ai filé au théâtre du Rond-point (dont je redécouvre à chaque fois la beauté) pour voir Portrait de famille, une histoire des Atrides de Jean-François Sivadier, offert pour mon anniversaire (par Dothy Bee, puisqu’elle adore être citée).
L’histoire des Atrides, c’est une autre petite obsession que j’ai avec L’Odyssée (que j’ai monté 3 fois sous trois formes différentes avec des collégiens et lycéens, oups). C’est une famille maudite de la mythologie grecque, ça commence avec Tantale qui a cuisiné son fils aux dieux pour vérifier leur pouvoir d’omnisicence, ça continue avec Atrée et Thyeste et une autre histoire de cuisine, puis avec Ménélas et Agamemnon à qui il arrive des trucs sympa, dont la guerre de Troie, jusqu’à Electre et Oreste, enfants gâtés s’il en est. Si vous voulez, j’avais fait un petit arbre généalogique interactif pour les élèves, qui les a passionnés (non).
Revenons à nos moutons : Portrait de famille, une histoire des Atrides, reprend donc l’histoire de cette famille selon la chronologie des plus jeunes : l’histoire d’Iphigénie (fille d’Agamemnon et Clytemnestre), puis de la guerre de Troie, le retour d’Agamemnon, un petit flashback Thyeste/Atrée et enfin l’histoire d’Oreste et Electre. Je n’ai pas vu cette dernière partie puisque, fatigue et RER C combinés, je suis partie à l’entracte comme on me l’avait recommandé (apparemment la deuxième partie est assez décevante et beaucoup moins quali). Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre (sauf peut-être à plus de maquillage comme ça puisque c’est l’une des photos qui revient souvent, mais en fait c’est une petite scène qui ne représente pas l’esthétique globale)
J’ai vraiment passé un super moment : c’est joué par 14 jeunes acteur·ices super, c’est moderne et drôle, un peu speed par moment, mais hyper haletant. L’actrice qui jouait Clytemnestre m’a particulièrement marquée. Je ne sais pas si c’est par la modernité de l’écriture ou de la mise en scène, mais la cruauté et la violence de ces histoires étaient encore plus palpables que dans d’autres que j’ai pu voir. Ça m’a sauté aussi aux yeux à quel point les enfants sont à peine considérés comme des êtres humains, vu leur potentiel de sacrifice en permanence et leur statut d’objet de vengeance. (Bon c’est peut-être aussi parce que j’écoute des podcasts sur les violences faites aux enfants, ça biaise et éclaire le regard).
Sivadier a monté ça avec des comédien·nes au conservatoire, comme Elsa Granat avait monté Nora, Nora, Nora ! de l’influence des épouses dans les chef d’oeuvres avec des élèves de l’Ecole Supérieure d’Art Dramatique, et ça fait du bien.
J’attends la sortie d’une captation pour jeter un oeil à la deuxième partie, quand même.
Ensuite et bien, quelle bonne idée d’aller arpenter la campagne essonnienne par 32° un dimanche ? On avait rendez-vous pour Que ma joie demeure de Giono adapté par Clara Hédouin à qui on doit notamment Les Trois mousquetaires - la série ! un de mes spectacles préférés ! C’est donc aux alentours de 9h30 que j’ai retrouvé l’équipe du théâtre de Brétigny à Cheptainville pour entamer une balade de 8 km agrémentée de 5h de spectacle ou un spectacle de 5h agrémenté de 8km de balade, à vous de voir. Le genre de truc que je ne propose pas à mes potes, mais je crois que j’ai tort : hormis la météo, c’est plutôt une très bonne manière d’aller au théâtre.
Que ma joie demeure, c’est l’histoire de Bobi, un acrobate, qui arrive dans un hameau et rencontre les différents fermiers qui y vivent. Et il compte bien leur apprendre à cultiver la joie.
On se balade donc toute la journée dans les champs et la forêt (quasiment tout le temps à l’ombre et avec un petit vent bien agréable) pour aller de tableau en tableau (10 au total, de longueurs différentes), avec une pause déjeuner à l’entracte dans une clairière. On ne voit pas le temps passer, ni celui de la marche, ni celui du spectacle qui célèbre l’inutile, le beau et la nature. C’était poétique, drôle par moments, extrêmement d’actualité à d’autres. A part les interprètes de Bobi et Jourdan, les personnages principaux, les 4 autres incarnent plein de personnages touchants de manière assez impressionnante. J’ai adoré explorer une partie de la région que je ne connaissais pas après 3 ans de vie ici et sous ce prisme théâtral. On se balade avec nos petites chaises quechua, les acteur·ices intéragissent avec nous, évoluent dans la forêt comme s’ils la connaissaient par coeur.




On a eu chaud, mais on a passé un très beau moment. Je crois que Brétigny est un de mes théâtres préférés : la programmation, les gens avec qui je travaille, l’accueil et leur bâtiment-phare, actuellement en travaux, que j’adore.
Une belle manière de clore la saison.
Côté jardin
Dans mes écouteurs, l’épisode d’un Podcast à soi sur l’inceste : “inceste et pédocriminalité, la loi du silence”, assez glaçant mais que je recommande. On y entend des spécialistes, des victimes, un incestueur en rémission. On y apprend les mécanismes, on parle de la place des enfants dans la société… C’est très riche.
Dans mon agenda, les abonnements que je commence à prendre dans les théâtres pour 2025-2026 : Brétigny, Malakoff, Evry, La Villette… ça se remplit bien.
Dans mon ordinateur, 35 copies de spécialité théâtre corrigées, yay.
Sur mon bureau, des essais de théâtre et des pièces qui attendent d’être lues cet été.
Sur ma table de chevet, le recueil Elles ont surgi d’une vague de Muriel Szac : des poèmes-narratifs sur des héroïnes de la mythologie grecque avec quelques incurtions contemporaines, qui rend les soirées plus douces.
C’était la dernière lettre de la saison sous ce format ! Dimanche prochain je pars pour Avignon, je ferai donc peut-être des lettres sauvages, sans horaire précis, agrémentées de vocaux pré-spectacles et de petites notes post-spectacles. Ensuite, j’ai encore un atelier danse au grand palais et une soirée à la comédie française, on verra comment vous raconter tout ça.
Merci de m’avoir suivie pour cette première saison de Côté cour(s) !








Yes aux lettres sauvages pour vivre Avignon by proxy! Merci pour cette année de partages 🙌
Ravi que Que ma joie demeure ait aussi bien fonctionné dans la forêt de Brétigny que dans celle autour d’Avignon !
J’ai vu que Clara Hédouin avait repris ses Trois mousquetaires aussi ce week-end pour le Molière Fest de la Villette mais malheureusement je n’étais pas à Paris... J’espère le voir un jour !
Bon courage en tout cas pour les derniers oraux et vivement Avignon :)